Tiohtià:ke (Montréal), 18 mai 2021

« Pas en notre nom » : la proposition de l’arrondissement de Saint-Léonard de nommer une station de métro après un explorateur ne nous représente pas.

Le 3 mai 2021, le conseil d’arrondissement de Saint-Léonard a approuvé une motion suggérant à la STM de nommer une des trois futures stations de métro de la ligne Bleue d’après l’explorateur colonial Giovanni da Verrazzano. Notamment, le conseiller Dominic Perri a déposé cette proposition « au nom de la communauté italienne », qui, dans ce contexte, serait : le Congrès national des italo-canadiens, la Casa d’Italia, l’Association des gens d’affaires et professionels [sic] italo-canadiens (CIBPA), et la Fondation communautaire canadienne-italienne (FCCIQ). Nous disons : « Pas en notre nom! »

 

Les Italo-canadien-ne-s ont historiquement habité l’arrondissement en grand nombre, toutefois, aujourd’hui, l’Est de l’île est composé de vibrantes communautés algériennes, haïtiennes, marocaines, vietnamiennes, et latino-américaines, parmi tant d’autres. Qui a le droit de décider comment mieux représenter la diversité dans l’Est de l’île? Qui a le droit de parler au nom des Italo-montréalais-e-s? Au seizième siècle, Verrazzano est missionné par le Roi François 1er de France à explorer la côte Atlantique, de la Floride actuelle à la région maintenant appelée Terre-Neuve : première étape vers la colonisation française des Amériques. Comment peuvent les conseillers Perri et Battista, ainsi que les associations mentionnées ci-haut, conclure que nommer une station de métro d’après un explorateur blanc initiateur de l’époque coloniale dans les Amériques représenterait de quelque façon que ce soit les quartiers de l’Est de Montréal? De quelle façon cette figure représente nos valeurs contemporaines de diversité et d’inclusion? Comment ont-ils pu, en bonne conscience, proposer un autre monument commémorant le colonialisme au sein des multiples efforts déployés aujourd’hui pour décoloniser nos espaces publics? Les Italien-ne-s, comme tous les autres immigrant-e-s ayant bénéficié et continuant à bénéficier de l’histoire chargée de ce territoire, devraient plutôt explorer leur devoir civil d’être activement engagé-e-s dans un processus de réconciliation.

 

Il n’y a pas de pénurie de souvenirs coloniaux à Montréal. D’autant plus, la présence italienne dans la ville, dans l’Est et ailleurs, est déjà fortement établie et reconnue à travers maints repères urbains comme : le Centre Leonard de Vinci ou le Parc Giuseppe Garibaldi, qui sont pour la grande majorité nommés d’après des hommes italiens. Les femmes italiennes, et les femmes plus généralement, sont sous-représentées à Saint-Léonard. Comme la conseillère Lili-Anne Tremblay a noté dans sa contestation de la motion du 3 mai, malgré le fait que les femmes forment 52 % de la population de l’arrondissement, seulement un peu plus de 3 % de la toponymie de Saint-Léonard porte un nom de femme. À notre connaissance, l’hôpital Santa Cabrini est l’unique espace public nommé d’après une femme italienne dans Saint-Léonard. L’arrondissement n’a pas suggéré un nom de femme pour la station de métro, et la conseillère Tremblay est la seule à avoir officiellement mentionné ce point.

 

L’arrondissement n’a pas suggéré non plus un nom représentant une culture non-italienne. En tant que Italo-montréalais-e-s œuvrant à réclamer et réhabiliter notre propre culture de la suprématie blanche coloniale et de l’hyper-masculinité, les membres de C.I.A.O., dont plusieurs sont né-e-s et ont grandi à Saint-Léonard, ne se sentent pas représenté-e-s par un narratif colonial qui est au mieux italien de façon adjacente. De plus, nous ressentons un devoir intrinsèque à être plus proactifs-ives dans la cultivation de l’inclusion et en soutenant des relations interculturelles dans l’arrondissement et ailleurs dans la ville, au lieu de maintenir les mêmes effacements symboliques et raciaux que les Italien-ne-s eux-mêmes et elles-mêmes ont subis lors de leur immigration au Québec. Saint-Léonard n’est pas étranger au racisme intercommunautaire, exacerbé par l’échec de reconnaître au sein de sa toponymie l’existence d’autres populations identitaires.

 

Cette proposition anachronique et mal recherchée, en combinaison avec le mépris des conseillers envers l’objection de la conseillère Tremblay, ne répondent pas aux deux priorités identifiées par le comité de toponymie de la STM : en premier lieu, « d’accorder une grande place aux femmes dans l’analyse des propositions », et en second lieu, prendre « pour orientation que les réalités multiculturelles et autochtones seront également représentées dans les choix finaux ». Pour que cette décision soit réellement représentative de la diversité et la vitalité de Saint-Léonard, le conseiller Perri et ses sympathisant-e-s auraient dû suggérer un nom en collaboration et en dialogue avec les autres membres de la communauté de Saint-Léonard. En ayant échoué ceci, ces conseillers ont manqué à leur devoir comme élus représentants les citoyen-ne-s de Saint-Léonard, préférant au lieu de privilégier une idéologie étriquée d’une minorité. Nous conseillons vivement la STM de ne pas prendre en considération cette motion et de favoriser un nom qui engloberait réellement la vitalité et diversité de l’arrondissement.

 

C.I.A.O. encourage les organisations et groupes communautaires de l’Est de l’île de présenter une liste de noms potentiels qui puisse servir comme base pour nommer les nouvelles stations de métro et assister dans la diversification du registre Toponym’Elles pour les futures additions dans le panorama urbain de l’Est de l’île. Nous recueillons actuellement des signatures et des suggestions ici.

 

Nous, à C.I.A.O., sommes en mesure de partager des ressources avec ceux et celles désirant s’engager dans cette conversation. 

 

Canadien-ne-s Italien-ne-s Antagonistes à l’Oppression (C.I.A.O.).

[1] Officiellement, le conseiller Mario Battista; la Casa d’Italia; le Congrès national des italo-canadiens, l’Association des gens d’affaires et professionels [sic] italo-canadiens (CIBPA), et la Fondation communautaire canadienne-italienne (FCCIQ).

Télécharger le PDF du communiqué en français

Télécharger le PDF du communiqué en anglais

Télécharger le PDF du communiqué en italien